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Quelle place pour les femmes dans le web Lyonnais ? Immersion chez BlendWebMix

Quelle place pour les femmes dans le web Lyonnais ? Immersion chez BlendWebMix

Temps de lecture : 4 minutes

Quand on commence à fréquenter le milieu du web, on peut se sentir un peu perdu. Comme tout néophyte qui se respecte, il faut commencer par s’approprier les codes du milieu. En premier lieu, il faut maîtriser un peu l’univers et donc se faire un schéma de pensée entre les « marketeux », les « tech », les « designers », etc. Ensuite, il faut décrypter un peu le jargon « t’as pas un dev à me conseiller ? », « tu ferais une stratégie inbound marketing toi pour ce cas ? » etc.

Bon, soit. Mais le néophyte du web, quand il a compris la différence entre SEO et SEA ou, plus subtil, entre rédacteur et copywriter, peut se poser une autre question : où sont les femmes ?

Aller je grossis le trait et je suis un peu de mauvaise foi. Il y a des femmes dans le web. Mais plutôt représentées côté « marketeux » ou « créa ». Quand vous passez côté « tech », ça sent vite la testostérone.

Alors je me suis posée la question : quelle place pour les femmes dans le web ? Si on peut considérer que le web, d’une manière générale, est un champ professionnel d’avenir, dans une société en pleine « transformation digitale », quel avenir ont les femmes dans ce milieu ? Y a-t-il réellement moins de femmes côté technique ? Si oui, qu’est-ce qui explique ces phénomènes ?

Pour répondre à toutes ces questions et pour ce premier dossier de société, je vous propose de regarder d’un peu plus près la situation Lyonnaise et de la regarder de l’intérieur en s’immergeant chez BlendWebMix.

Ca vous chauffe ?

BlendWebMix est un événement annuel du web à Lyon. Pendant deux jours, nombre de conférenciers et conférencières viennent parler de leur champ d’expertise. Le but du salon est de s’adresser à tous, de « mixer » les horizons et origines de chacun. Tech, business, design s’adressant à des « webmakers » (ceux qui font le web), des professionnels curieux de découvrir l’univers ou des « wannabe » (étudiants, freelances, etc). BlendWebMix c’est donc l’occasion d’assister à des conférences, de networker (comprenez, faire du réseau) et de découvrir l’univers du numérique.

Derrière cet événement, il y a une association : La Cuisine du Web, qui a vocation à favoriser l’entrepreneuriat du web et du numérique à Lyon. 250 adhérents, 22 000 followers sur les réseaux sociaux et des locaux nommés « la Tour du Web ». L’association lance le salon BlendWebMix pour la première fois en 2013 et 5 ans plus tard, « Blend » (comme appelé par les intimes) revient les 24 & 25 octobre au Centre des Congrès de Lyon.

Pour chiffrer un peu mes propos, en 2017, Blend c’était 1800 visiteurs, 100 conférenciers, 70 bénévoles et 10 000 tweets.

100 conférenciers. Et combien de conférencières ? Moins de la moitié. 42% en 2017. Et ce n’est pas de mauvaise volonté de la part de la Cuisine du Web. Je suis allée poser la question à Pierre Ammeloot, alors en charge du projet « Blend 2017 ». Pierre avait fait le choix de rendre prioritaire la question de la parité. Il nous explique son cheminement, ses choix, les difficultés auxquelles il a fait face et nous présente ses explications et solutions.

Cette année, BlendWebMix devrait être représenté par 39% de femmes. Un chiffre appréciable mais pas encore paritaire. Pourtant, au delà de la Cuisine du Web, il y a dans l’écosystème Lyonnais plusieurs associations qui travaillent à la féminisation du web. GirlzInWeb, Social Builder, Les Duchess, Lyonfluenceuses, les associations ne manquent pas. Mais qu’est-ce qu’elles nous proposent concrètement ?

J’ai rencontré les 4 représentantes de l’association « LyonFluenceuses » le 13 septembre. Eleanor, Pauline, Say et Margot, toutes les 4 étudiantes à l’ESCEN (Ecole Supérieure de Commerce et d’Economie Numérique) en 2e année, ont accepté de répondre à mes questions, faisant entièrement résonance à l’objectif premier de leur association : Promouvoir les femmes du web. Issue d’un projet d’école autour des influenceurs Lyonnais, l’association voit le jour autour de 3 d’entres elles (Eleanor, Pauline et Say ; Margot les rejoignant après) et est basée sur « l’entraide, le networking et des moments de partage entre femmes » (www.lyonfluenceuses.fr).

Ces 4 jeunes femmes dynamiques nous parlent de leur vision du web, des difficultés à promouvoir les femmes dans ce milieu, particulièrement dans la tech et de leurs expériences respectives.

Bon, on l’a compris après l’interview de Pierre et des LyonFluenceuses, le domaine technique semble davantage poser problème que les autres domaines.

Ce fait n’est pas une exception du digital. Les femmes sont minoritaires dans tous les domaines techniques : sciences, aérospatial, mécanique, etc.

Mais enfin, quand même, ça existe une femme dans la tech quand même non ? Et bien j’en ai trouvé une, qui a pris le temps de me répondre. Il s’agit de Marion Félix, développeuse web et mobile, également représentante de l’association les Duchess qui nous parle de la réalité, pour une femme, de travailler dans un milieu numérique, technique et masculin.

A-t-on des chiffres pour évaluer cette réalité ?

En 2017, 28% des salariés du numérique sont des femmes (tous domaines confondus). Si on se concentre sur le domaine Tech, elles représentent 16% des salariés.

70% d’hommes chez Google, 62% chez Yahoo, 61% chez LinkedIn, tous secteurs confondus. Quand on regarde leurs équipes techniques, on monte à 83% d’hommes chez Google et 85% chez Yahoo. 

Au milieu de ces réalités statistiques, vient inévitablement la question de pourquoi voit-on si peu de femmes dans la tech ? Les réponses obtenues dans les interviews semblent toutes pointer du doigt l’éducation, les stéréotypes. Ces stéréotypes genrés qui expliquent très tôt aux petites filles qu’elles sont plus aptes à la relation client, à la gestion de projet puisque les filles sont « plus calmes, plus douces, plus douées pour la communication, plus littéraires et moins matheuses ». Un autre stéréotype, soulevé par Marion, concerne les « geeks » : petits boutonneux, solitaires devant leurs écrans, alignant des lignes de code vertes sur fond noir. C’est clair que ça ne donne pas trop envie aux jeunes filles d’y aller (ni aux jeunes garçons d’ailleurs ?).

Tous ces « biais éducatifs » qui expliquent également ce dont parlait Pierre dans son interview : il faut aller convaincre les femmes de leur légitimité à venir donner une conférence. Car il existe tout un contexte éducatif devenant cognitif qui convainc les femmes qu’elles sont moins légitimes que les hommes, particulièrement au travail et particulièrement quand il s’agit de milieux « masculins ».

En conclusion, détruire ces stéréotypes de genre et aborder autrement l’orientation des jeunes, loin de prédestinations genrées ; faire de la parité une priorité car les choses ne se feront pas d’elles mêmes, elles demandent de l’investissement. La question n’est pas d’avoir des femmes pour avoir des femmes. La question est d’avoir des femmes représentantes de l’environnement tech ou numérique, ou plus largement, de n’importe quel environnement, car elles ont les mêmes capacités que les hommes à les représenter. Car en tant qu’être humain à part entière, chacun a sa pierre à apporter à l’édifice. Que les choses ne peuvent pas bouger si personne ne participe à les faire bouger.

Un grand merci aux 4 représentantes des LyonFluenceuses, à Marion Félix et à Pierre Ammeloot pour le temps qu’ils ont consacré à répondre à mes questions. Merci à la Cuisine du Web pour les partages sur les réseaux sociaux, et merci aux lecteurs qui seront allés jusqu’ici.

A très bientôt, 

Laura

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Laura Besson

Entrepreneure en alimentation écoresponsable et content manager, mon travail est toujours guidé par mes valeurs, l'Humain surplombant le tout. Mon parcours universitaire dans la santé et ma passion pour la société l'attestent, mon travail au quotidien s'efforce de vous le prouver.

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